Quelle bière servir avec un plat indonésien épicé ?

Quelle bière servir avec un plat indonésien épicé ?

Un rendang mijoté pendant des heures, un sambal qui pique dès la première bouchée, une sauce cacahuète épaisse sur des légumes tièdes : la table indonésienne met beaucoup de choses dans l’assiette en même temps. Le piment, le sucré du kecap manis, le gras du lait de coco et l’acidité du citron vert se répondent. Choisir une bière pour accompagner ce repas, ce n’est donc pas chercher « la meilleure bière », mais celle qui ne vient pas se battre avec le plat.

Beaucoup de convives commandent par réflexe la bière la plus forte en goût de la carte, souvent une IPA très houblonnée. C’est fréquemment le mauvais choix face à un plat pimenté, et la raison tient à quelques mécanismes simples.

Pourquoi l’amertume et le piment font mauvais ménage

La sensation de brûlure du piment vient de la capsaïcine. Elle n’est pas un goût mais une irritation, et plusieurs éléments d’une bière ont tendance à la souligner plutôt qu’à la calmer. L’amertume du houblon en fait partie : sur un sambal relevé, une bière très amère donne une impression de dureté, la bouche ne trouve plus de repos entre deux bouchées.

Le degré d’alcool joue dans le même sens. Une bière à 8 ou 9 % vol. accentue la chaleur en bouche, ce qui rend la sensation de piquant plus envahissante. Enfin, une carbonatation très vive picote déjà la langue ; ajoutée au piment, elle peut devenir agressive.

À l’inverse, une bière plutôt ronde, peu amère et d’un degré modéré laisse le plat s’exprimer. Ses notes de céréale et sa légère douceur font une pause entre les bouchées sans prétendre « éteindre » le feu, ce qu’aucune boisson ne fait vraiment. L’eau fraîche et le riz restent les meilleurs alliés de ceux qui supportent mal le piment.

Trois familles de plats, trois manières d’accorder

Il est plus utile de raisonner par grandes familles de plats que par recettes.

Les plats sautés et frits, comme le nasi goreng ou le mie goreng, ont une base de riz ou de nouilles, des notes de sauce soja sucrée et souvent un œuf. Une lager légère et bien fraîche, du type de celles qu’on sert dans les warungs, convient très bien : elle rince le gras de la friture et ne masque rien.

Les plats à la sauce cacahuète, gado-gado ou satay, sont riches et légèrement sucrés. Une bière ambrée aux notes de caramel fait écho à la cacahuète grillée, à condition qu’elle reste peu amère. C’est l’accord le plus intéressant à tester pour qui aime chercher des correspondances de saveurs.

Les plats mijotés au lait de coco, rendang, opor ayam ou les currys de type gulai, demandent une bière qui tienne face aux épices sans les durcir. Une blonde un peu plus ronde ou une bière blanche aux notes d’agrumes s’accordent bien avec la citronnelle et le galanga. Les bières de blé, souvent peu amères, ont ici un avantage net.

Faut-il chercher une bière « exotique » ?

La tentation est forte de vouloir une bière venue d’Asie du Sud-Est pour coller au thème. Ce n’est pas indispensable. Ce qui compte, c’est le profil : légèreté, faible amertume, fraîcheur. Une bière brassée près de chez soi peut remplir ce rôle aussi bien, et elle a l’avantage d’être souvent plus fraîche, au sens de récente, ce qui préserve ses arômes.

Pour s’y retrouver entre blonde, ambrée et pale ale, le plus simple est de lire les descriptions données par les brasseries elles-mêmes. Le carnet d’articles de Guinée 44, bière de Loire-Atlantique propose par exemple des repères sur les styles et sur le brassage, utiles pour comprendre ce qui distingue une ambrée d’une pale ale avant de composer un accord. On repère vite les mots qui comptent : amertume, degré, notes maltées ou fruitées.

Le service compte autant que le choix

Une bière servie trop froide perd une partie de ses arômes ; servie trop tiède, elle paraît lourde à côté d’un plat chaud et épicé. Pour une lager, un service bien frais convient ; pour une ambrée, on peut la sortir du réfrigérateur quelques minutes avant de la servir. Le verre a aussi son importance : un verre trop petit oblige à resservir sans cesse, un verre trop grand laisse la bière se réchauffer.

Dans un restaurant indonésien, il est aussi bon de rappeler que la bière n’est pas la seule option. Le thé glacé, les jus de fruits frais comme l’avocat ou la goyave, ou une bière sans alcool à faible amertume accompagnent tout aussi bien un repas épicé. Proposer ces alternatives à table met à l’aise ceux qui conduisent ou qui ne boivent pas d’alcool.

Si vous cherchez l’accord pour un repas à plusieurs plats partagés, partez du plat le plus pimenté de la table et choisissez la bière en fonction de lui : ce qui fonctionne avec le sambal fonctionnera avec le reste, l’inverse est rarement vrai.